Articles

Arizona et politique anti-drogues : chronique d’un échec annoncé
Aurélien Vittielo, Clémence Garnier, Flavia Purdela, Julien Pieret, Kris Meurant, Kyle Cnudde, Maël Blanco Moral, Rocco Vitali et Thomas Gelly
À peine lancé, le projet de l’Arizona sur la question des stupéfiants est déjà un échec. Emblématique de la méconnaissance de nos responsables politiques, il porte également en lui les germes d’une surpénalisation mortifère des consommateurs et consommatrices, au détriment de leur autonomie, de leur bien-être, et ce au plus grand profit des trafiquants.
La lecture du chapitre consacré aux drogues dans l’accord du gouvernement fédéral laissera pantois tout spécialiste : slogans creux, anathèmes indignes, propositions chimériques… Ce texte, qui entend confirmer et renforcer une politique exclusivement répressive, apparait en total décalage avec la prolifération de travaux scientifiques. Ceux-ci ont en effet démontré de longue date l’échec inéluctable de toute « guerre à la drogue ». Sans parler de la multiplication d’expériences alternatives, observées à l’étranger, qui produisent des résultats dignes d’intérêt en termes de santé et de sécurité publiques.
Cet accord de gouvernement est donc le signe d’un deuil, celui d’une gestion pragmatique et informée de la consommation de drogues, à la place : une vision idéologique et purement morale de la question. En témoigne l’une des phrases qui ouvre ce chapitre et fait office de postulat indiscutable aux yeux du gouvernement fédéral : « les drogues sont toujours nocives et il convient de communiquer en ce sens. »
Cette pétition de principe ignore pourtant une réalité encore récemment pointée par Sciensano dans son dernier rapport sur la consommation de drogues en Belgique : celle-ci est globalement en hausse, quel que soit le produit étudié.1 Or, si l’usage de drogues tend à augmenter et à se diversifier, c’est que celui-ci remplit une fonction et répond à un besoin personnel (plaisir, réconfort, tranquillité, stimulation, etc.).2 Indépendamment de la difficulté d’établir des critères objectifs permettant de qualifier une consommation comme problématique, ces études confirment également que la majorité des usagers et usagères de stupéfiants, avec certes des nuances importantes en fonction du ou des produit(s) consommé(s), ne présente pas de risque sanitaire ou sécuritaire particulier.
